Carnet d’auteur n° 4 : Bruno Cathala

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Doit-on encore présenter Bruno Cathala ? Niché dans ses montagnes de Haute-Savoie, il est, à ce jour, l’auteur ou co-Auteur de plus d’une centaine de jeux. Véritable passionné, il a contribué (à l’aide de ses milliers d’idées) à faire évoluer le monde ludique.  Nous lui devons les succès tels que Mr Jack, Five Tribes, 7 Wonders Duel, Kingdomino, Jamaica,… Malgré tout ce palmarès, il reste simple et accessible et se prête volontiers à une petite séance de questions. On va parler de son parcours, de son travail, de Kickstarter, de passion et même des cartes Magic. Je vous laisse le découvrir. Bonne lecture !

1) Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis né en 1963 (oui, ça commence à piquer un peu). J’ai fait des études en Sciences de matériaux, puis j’ai fait de la recherche dans le domaine des alliages de Tungstène pendant 18 ans. Je suis papa de deux enfants aujourd’hui adultes.

J’ai découvert qu’il y avait une vie (ludique) après le Monopoly vers 20 ans, grâce à des jeux comme Fief, par exemple. Je n’ai commencé à tenter de créer mes premiers que tardivement, un peu avant la quarantaine. J’ai eu la chance de voir mon premier prototype (Sans Foi Ni Loi) être publié. Et de faire de belles rencontres qui m’ont conforté dans mon envie de poursuivre sur cette voie. Mon premier jeu a été publié en 2002. En 2004 j’ai subi un licenciement économique, et c’est alors que j’ai tenté l’aventure de transformer mon hobby en parcours professionnel. Depuis 2004, je suis auteur à plein temps. Et j’ai aujourd’hui un peu plus d’une centaine de publications (jeux + extensions). Le mieux est d’aller faire un tour sur mon site.

2) Depuis combien d’années jouez-vous et y a-t-il un jeu qui vous a fait comprendre que le plaisir était devenu une passion ?
Je joue depuis toujours. Mais comme je le disais, les jeux « modernes » sont apparus dans ma vie pendant mes années étudiantes. Ça a toujours été une passion, tout simplement parce que, de façon générale, je suis quelqu’un de passionné. Donc soit je développe une passion pour quelque chose et je m’y intéresse vraiment, soit ce n’est pas le cas, et je m’en désintéresse totalement.

3)Comment se passe la sélection des jeux sur lesquels vous allez travailler ? Vient-on vous chercher ? Est-ce que vous contactez vous-même les personnes car vous avez entendu parler de tel ou tel projet ?
Je ne travaille que sur des jeux que j’ai envie de jouer moi-même. Je suis mon premier public. Si ça ne me fait pas vibrer, comment pourrai je transmettre une envie à quelqu’un d’autre ! Peu importe que l’idée initiale vienne de moi ou d’un co-auteur, il faut que le sujet me fasse vibrer.
Il arrive parfois qu’on vienne me chercher (comme par exemple Antoine Bauza est venu me chercher pour 7 Wonders Duel), et il m’arrive aussi parfois de demander à quelqu’un de me rejoindre (comme par exemple Ludovic Maublanc pour Kingdomino Duel) mais je ne me permettrai jamais de solliciter quelqu’un parce que j’ai entendu parler d’un projet intéressant sur lequel il travaille.

Antoine Bauza
Ludovic Maublanc

3a) Qu’est-ce que vous aimez par-dessus tout dans la création d’un jeu ?
Le fait que tout est permis puisqu’on part d’une page blanche. De façon générale, je déteste le quotidien. Je déteste faire les mêmes choses encore et encore. Du coup, ce n’est pas un hasard si je me suis retrouvé à faire de la recherche dans mon activité professionnelle précédente. Et je retrouve ce besoin de nouveauté dans la création ludique.

3b) Arrivez-vous à explorer et tester toutes vos idées avant de lancer un jeu pour commercialisation ?
Heureusement que la réponse est OUI ! Il est hors de question de passer à la phase publication tant que mon travail exploratoire n’est pas terminé. L’idée est quand même de proposer la meilleure expérience ludique possible, une expérience dont je sois garant, avec fierté. Les joueurs pourront l’apprécier plus ou moins selon leurs propres goûts. Mais hors de question de sacrifier la phase de développement, aussi longue soit-elle, pour de quelconques considérations mercantiles.

4) Pour beaucoup de jeux, vous travaillez en collaboration ? Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? Est-ce plus facile pour vous ? Plus sûr ?
Comme j’ai commencé à travailler sur mes premiers jeux tard, j’ai eu le temps préalablement de pas mal réfléchir au sujet. Il est communément admis qu’un auteur littéraire écrit plus ou moins le même roman toute sa vie. Les histoires changent, mais les sujets de fond restent globalement les mêmes. Par exemple Alexandre Jardin va écrire régulièrement sur la façon d’entretenir la passion. Je pense qu’il en est de même pour un auteur de jeu. Parce que notre cerveau a tendance, naturellement, à revenir encore et encore dans sa zone de confort. Quand j’ai travaillé sur mes premiers jeux, j’avais conscience de ça. Et comme je voulais m’inscrire dans la durée, j’ai immédiatement pensé que le meilleur moyen de me renouveler était d’alterner des créations solo, et des créations en duo, pour aller explorer des domaines où je ne serai jamais allé par moi-même.

5) Pourriez-vous nous donner votre avis sur les campagnes participatives ? 
Ça fait partie des évolutions du monde ludique qu’on ne peut pas ignorer. Je n’ai pas une appétence particulière pour ce système dans lequel le meilleur peut côtoyer le pire. J’ai moi-même un jeu actuellement en cours de production grâce à une campagne KS (Cléopatre et la société des architectes), mais ne suis pas hyper fan de ce mode de fonctionnement. Développer le sujet nécessiterait des pages.

6) Auriez-vous quelques anecdotes ou histoires à raconter par rapport à la réalisation de vos jeux ?
Des anecdotes, j’en ai des tonnes, pour chacun de mes jeux. Un jour peut-être, il faudrait que j’en fasse un livre. Mais il y a un élément assez rigolo que je vais partager ici. Comme je le disais plus haut, j’ai un peu plus d’une centaine de publications à mon actif. Mes jeux les plus vendus sont:- Kingdomino, 7 Wonders Duel, Les Chevaliers de la Table Ronde et Mr Jack. Et pourtant…. ce sont les jeux sur lesquels le parcours éditorial aura été le plus laborieux, voir même parfois chaotique. Du coup, quand j’ai du mal à trouver la porte de l’édition pour un de mes projets… je me dis que c’est sans doute parce que celui là vaut particulièrement le coup à long terme !

7) Quel est votre ressenti par rapport au monde ludique actuel ?
C’est un monde en évolution rapide, avec surabondance de références, dans lequel plus que jamais il va falloir être capable de s’adapter, et mieux, d’en anticiper les mouvements, pour tout simplement survivre. Un monde dans lequel les passionnés sont en train de laisser place, peu à peu, à des financiers. Un monde qui risque de connaitre une évolution analogue à celle du cinéma, avec les sorties de Blockbuster à opposer au cinéma art et essai.

8) Quel est votre meilleur souvenir ludique ?
Mes premières parties de Magic The Gathering lorsque le jeu est arrivé en France. Une claque énorme qui a changé mon regard sur les jeux en général.

9) Si vous pouviez revenir en arrière, changeriez-vous quelque chose ? (Pas obligatoirement dans le domaine ludique)
De façon générale, je préfère regarder devant, tout en assumant à 100% le passé. Donc.. non on ne change rien.

10) Vous êtes traqué par un certain Mr Jack et vous devez vous cacher quelque temps. Les journées risques d’êtres longues, mais pour passer le temps, vous prenez quelques jeux avec vous. Lesquels choisiriez-vous ?
Ça dépendrait fortement pour jouer avec qui, et à combien de joueurs.Mais la meilleure des solutions est encore de ne partir avec aucun jeu existant.Juste un stock de cartes vierges, de dés, de pions divers et variés… Du coup, tout le matériel nécessaire pour créer les jeux au fil des envies à venir (et aussi se fabriquer si besoin une copie des jeux que l’on a en mémoire).

Un grand merci à Bruno Cathala pour sa participation et le temps accordé. Que lui souhaiter, à part de continuer à avoir toujours autant d’idées et à nous faire rêver.

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À propos de l'auteur:

Passionné de jeux de société ! “Je ne crois pas en l’au-delà mais j’emmènerai quand même des sous-vêtements de rechange.” "Ce n'est pas que j'aie vraiment peur de mourir, mais je préfère ne pas être là quand ça arrivera."

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