Carnet d’auteur n° 5 : Antonin Boccara

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Il y a fort à parier que ce nom vous dit quelque chose. Il est, entre autre, l’auteur de Kingz, Panic Island, Par Odin, Kids Of London ou Fiesta De Los Muertos. Il est jeune, fougueux, pleins d’idées et touche-à-tout (éditeur, animateur, chanteur, parolier, sportif, animateur,…) et on n’a pas fini d’entendre parler de lui. Antonin Boccara nous parle un peu plus de lui , de ses passions, de ses futurs projets et de ce qui l’anime dans la vie de tous les jours. On va parler chansons, théâtre, de Yves Hirschfeld, et même de la suite de Fiesta De Los Muertos. C’est par ici que ça se passe…

1) Bonjour Antonin, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Antonin Boccara, j’ai 27 ans et j’habite dans le petit village de Lentillac à la campagne dans le lot. Je travaille dans le milieu du jeu de société depuis maintenant à peu près 6 ans, à la fois en tant qu’auteur indépendant et comme membre d’Oldchap édition. Au niveau de mon parcours, après une enfance à la campagne (et un peu au Mexique), j’ai fait une licence de Lettre moderne (que j’ai raté avec brio), puis une licence de théâtre (que j’ai presque réussi). Pas grand chose à voir avec l’univers ludique donc, mais de ce côté, je crois que ça c’est fait petit à petit , d’abord tout simplement en jouant avec ma famille, puis avec des amis et peu à peu en découvrant les festivals de jeux. Ça serait compliqué de résumer comment les choses se sont déroulées dans les détails, mais pour faire simple, j’ai suivi la devise de Jacques Brel :  » Je préfère me tromper que de ne rien faire » ! Par ailleurs, je fais de la chanson avec un de mes frères, de l’animation avec les jeunes et je suis passionné par le sport. 

1b) Peux-tu nous en dire un peu plus sur la chanson et l’animation ?

Depuis maintenant 7 ans, mon frère et moi faisons de la chanson dite « à texte ». Nos références sont des chanteurs comme Brassens, Brel ou Barbara, mais aussi des groupes plus récents comme les Ogres de Barback ou Karpatt. Mon frère est guitariste chacun de nous deux compose et écrits des textes, ce qui fait que l’on chante aussi bien les chansons de l’un que de l’autre. Et comme chacun à son style, ça nous permet d’avoir certaines variétés.
Pour ce qui est de l’animation, ce sont soit des animations de théâtre soit de jeux de société. Çà peut être dans des écoles, des centres de loisirs, des stages d’été… Pour exemple : tous les mois avec des amis, j’organise une soirée jeux ouverte à tous dans un milieu associatif, et on a à chaque fois une quarantaine de personnes qui sont d’ailleurs pour la plupart des gens qui jouent très peu. J’adore faire découvrir des jeux (et souvent des jeux qui ne sont pas les miens). En fait, pour pouvoir créer, j’ai besoin d’animer, car c’est ça qui me fait comprendre ce qui plaît aux gens. 

Antonin et son frère

2) Depuis combien d’années joues-tu et y a-t-il un jeu qui t’a fait comprendre que le plaisir était devenu une passion ?

Je joue depuis tout petit, à la fois aux jeux de société comme aux jeux en plein air. Mes parents m’ont toujours fait sentir que le jeu était au centre de la vie. Au sens où la première chose que fait l’être humain avant de parler, d’écrire, de marcher…c’est jouer. J’ai donc simplement continué à jouer depuis mes premiers mois jusqu’à aujourd’hui. De cette manière, je ne pense pas qu’un jeu m’ait fait comprendre que jouer était devenu une passion, ça a toujours été le cas. Mais je peux répondre à la question d’une manière différente : le premier jeu qui m’a fait découvrir pleinement l’univers des jeux de société moderne, c’est Bonhanza ! Une petite merveille de Uwe Rosenberg…

3) Comment te viennent les idées sur lesquelles tu vas travailler ? As-tu une ligne de conduite à suivre pour trouver ou est-ce que ça vient plutôt au feeling ?

Comme je le disais, pour moi, le jeu est au centre de la vie. Donc, pour créer, j’essaye souvent de réfléchir aux choses qui dans la vie m’amusent ou/et me questionnent, et ensuite, je tente d’en faire des jeux de société. Donc je pars très souvent d’une idée simple, une ligne directrice qui me guide pour mon premier prototype. Puis je teste, et si je vois que cette base est intéressante, alors peu à peu, je m’emploie à préciser et à affiner le tout.

3a) Qu’est-ce que tu aimes par-dessus tout dans la création d’un jeu ?

Je pense que ce que je préfère, c’est le moment où tu te rends compte que ton idée est en train de se transformer en véritable jeu. Quand ça y est, tu sens que tu tiens « un truc », ça, c’est génial ! Parce que très souvent, tu penses avoir une idée incroyable et ça ne marche pas du tout. Mais quand marche, c’est extra !

3b) Arrives-tu à explorer et à tester toutes tes idées avant de lancer un jeu pour commercialisation et dois-tu parfois changer des choses auxquelles tu tenais ?

En général, j’essaye vraiment de faire un maximum de test avant que le jeu sorte. Et donc j’expérimente pleins d’idées, y compris les mauvaises, avant que le jeu soit lancé en fabrication. Après, on ne peut jamais tout tenter, et au bout d’un moment, il faut accepter que le jeu sorte même s’il n’est pas parfait. Un jeu parfait, ça n’existe pas.

Changer des choses auxquelles je tiens, ça m’est arrivé souvent au début, car je n’osais pas trop affirmer mes idées en tant qu’auteur. Aujourd’hui, ça m’arrive toujours, mais plus rarement, j’écoute toujours l’éditeur, car son rôle est central, et parce que j’adore ce travail commun entre éditeur et auteur, mais je m’écoute aussi un peu plus.

4) Ton jeu Panic Island a reçu un prix (le FLIP) en 2017. Peux-tu nous expliquer ce qui change pour un jeu et son auteur quand un prix est gagné ?

Tout dépend du prix. C’était une très chouette nouvelle quand Panic Island a eu le prix du FLIP, mais très honnêtement, en dehors du fait que cela valorisait notre travail, je pense que cela n’a pas changé grand chose dans la vie de Panic Island et la mienne. Après, si tu remportes le Spiel Des Jahres, là, c’est sans doute différent.

5) Nous savons que tu travailles pour l’éditeur Oldchap Games, peux-tu nous expliquer ce que tu y fais exactement ?

Chez Oldchap je m’occupe en partie du développement en game design des jeux, de l’animation et de la relation avec les blogueurs et autres interlocuteurs sur internet. Après, pour chaque tâche nous ne sommes jamais seuls, on est certes « référent » de certains secteur, mais on travaille toujours à plusieurs, c’est ce que j’aime beaucoup !

5a ) Comment ça se passe quand tu publies un jeu en tant qu’auteur chez Oldchap alors que tu y travailles ? Quels sont les intérêts ou inconvénients de le publier chez Oldchap ou ailleurs ?

En fait, quand j’estime que j’ai un prototype qui est prêt, je réfléchis quel éditeur lui conviendrait le mieux (en fonction du genre de jeu, de son matériel, de l’idée éditorial que j’ai derrière…). À ce moment-là, si je pense que ce jeu est fait pour Oldchap, je leur montre, mais si je pense que le jeu convient mieux à un autre éditeur, alors je le montre à un autre éditeur. Il n’y a pas de droit de regard prioritaire d’oldchap sur mes jeux, je fais comme je sens que c’est le mieux pour le jeu. Et je pense que les autres éditeurs ont bien compris mon fonctionnement (j’ai d’ailleurs travaillé avec pas mal d’éditeurs différents : Blam, La haute Roche, Ankama, Buzzy Games, Libellud, Ilopeli ou encore Blue Orange et Le droit de perdre actuellement).
Après, une fois que le jeu est signé, le processus est un peu différent selon si c’est avec Oldchap ou avec un autre éditeur :

  • Avec Oldchap, je travaille avec les autres membres de la boite à l’édition du jeu.
  • Avec un autre éditeur, je continue à travailler mais simplement en tant qu’auteur sur le dévellopement du jeu

6) Aurais-tu quelques anecdotes ou histoires à raconter par rapport à la réalisation de tes jeux ?

Des anecdotes, il y en a des tas… Il y a Panic Island qui au départ s’appelait « Rat des villes et rat des champs », « Kids Of London » que j’ai créé en voulant d’abord adapter le Molkky en jeu de carte, ou encore « Par Odin » que j’ai imaginé un soir d’ennui en lançant de simples dés 6. Mais l’anecdote que je vais te raconter est la moins glorieuse. Lors de mon premier festival de Cannes, j’ai présenté un jeu au Off et pendant les deux soirées, personne (hormis mes deux amis Gaspard et Clément qui étaient avec moi) n’est venu jouer à ma table, un bel échec. Je ne suis pas près d’oublier ces longs moments de solitude… Mais heureusement, il n’y a rien de mieux qu’un échec pour t’obliger à retenter quelque chose ! Alors depuis, je retente.

7) Sans trop en dévoiler, as-tu déjà d’autres projets en vue pour le futur ?

J’ai la joie de travailler actuellement avec Yves Hirschfeld sur deux jeux d’ambiance qui verront le jour en 2020 et en 2021: « I am a banana » chez Le droit de perdre et « Exqui-mots » (titre provisoire) chez Blue Orange. J’ai également un jeu de dessins avec des dés qui va sortir en début d’année chez Blue Orange également : « Draw n’ Roll ». Avec Oldchap, il va y avoir « Les pierres de Coba », un stand alone qui est une sorte de suite de « Par Odin » avec de nouvelles mécaniques dans un autre univers et « La Catrina » (nom provisoire) , une extension pour « Fiesta De Los Muertos ».

Et j’ai deux autres projets dans la valise qui vont voir le jour en 2021 ou 2022 mais dont je ne peux pas trop parler pour le moment…

Yves Hirschfeld en pleine réflexion.

8) Quel est ton ressenti par rapport au monde ludique actuel ?

Je suis très content de faire partie de l’aventure ludique actuelle, il y a de plus en plus de gens qui se mettent à jouer en France et ça, c’est génial. Le jeu, c’est une manière de rassembler différentes personnes pour passer un bon moment ensemble, et ça, c’est essentiel aujourd’hui à l’heure du tout à l’écran individuel. Par contre, qui dit « succès du monde du jeu », dit « argent à gagner », et comme il y a de plus en plus d’argent en jeu, on peut avoir à faire à des pratiques pas toujours très agréables. Le tout est d’éviter ces pratiques-là.

9) Quel est ton meilleur souvenir ludique ?

Oulah ! Très compliqué comme question. Je dirais ma première partie d’ « Escape : la malédiction du temple ».

10) Si tu pouvais revenir en arrière, changerais-tu quelque chose ?

Non, je suis très content de ma vie aujourd’hui. Bien sûr, tout n’a pas été parfait mais ce qui s’est passé, c’est du passé. À moi d’en faire des forces joyeuses pour les journées à venir.

11) Il se passe quelque chose d’étrange à « London » ! Le gang des « Los Muertos » est à ta recherche, tu prend ton « Doggy Bag », tu fuis sur une « Panic Island » pour y vivre comme un « Kingz » et tu prie « Odin » pour que personne ne te suive. Quels jeux prendrais-tu avec pour y passer le temps ? 

Je prendrais « Qwixx » pour un jeu de détente avec les dés, « Augustus » pour un loto stratégique, « Time Bomb » pour des négociations hilarantes et « Code Name » pour jouer avec les mots. Voilà quatre jeux que j’adore même si je dois dire que « Code Name » a pour moi la préférence, c’est un vrai chef d’œuvre.

Un grand merci à Antonin pour sa participation et le temps accordé. On lui souhaite encore beaucoup de réussites dans son parcours, nous sommes certains que de belles choses vont encore arrivées.

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À propos de l'auteur:

Passionné de jeux de société ! "Ce n'est pas que j'aie vraiment peur de mourir, mais je préfère ne pas être là quand ça arrivera."

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