Carnet d’auteur n°1 : Thierry Saeys

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Certains d’entre vous le connaissent déjà sous le nom de Thierry Sajou. Acteur très actif du monde ludique,
on va parler avec lui de l’As d’or, de zombies, de Jette’s Gaming Tour, de dé et même d’un canapé à la Rochelle.
Pour en savoir plus, rendez-vous sur la case suivante…

1) Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Passionné de jeux depuis toujours, je m’occupe depuis 15 ans de la boutique Sajou à Jette, commune du nord de Bruxelles peu connue car pas très touristique, mais super attachante ! Et qui bouge…
Le Jette’s Gaming Tour du 5 octobre prochain en est un bel exemple ! J’ai eu la chance aussi d’animer une chronique radio puis télé durant quelques années, puis d’être appelé dans le jury de l’As d’or pour finalement créer des jeux…

2) Depuis combien d’années joues-tu et y a-t-il un jeu qui t’a fait comprendre que le plaisir était devenu une passion ?
J’ai toujours adoré cela, depuis tout petit. Contrairement à beaucoup de joueurs passionnés, je ne viens pas du monde Magic ou du jeu de rôle (qui ne m’ont étrangement jamais attiré d’ailleurs), mais des jeux classiques. J’ai joué aux échecs en compétition durant 10 ans, j’ai aussi tâté du Scrabble et du Bridge en club. Mais s’il y a un jeu qui m’a vraiment fait basculer, c’est Catane milieu des années 90. Ça a été un choc, je me suis senti comme en mission, obligé de le faire découvrir au plus grand nombre. Tout est sans doute parti de là.

3) Comment t’est venue l’idée de faire Association 10 Dés ? Et combien de temps ça a mis, de l’idée de départ, à la (presque) sortie du jeu ?
Je pense que les choses importantes se mettent souvent en place un peu par hasard, qu’il faut s’écouter et faire confiance à la vie. Si tu cherche à provoquer quelque chose, souvent ça ne marche pas.
Et puis parfois, alors que 5 minutes avant tu n’y pensais pas, il y a un truc qui se passe et qui va changer ta vie. C’est vrai pour les rencontres, mais aussi pour les opportunités. Ça s »est passé comme ça pour Sajou, sur un coin de table après un tennis « tiens, au fait, je pense à remettre mon rez-de-chaussée commercial, ça ne te dit rien toi, avec tes jeux ? ».

Pareil pour A10D, c’était le 1er janvier 2018 à La Rochelle chez Yves Hirschfeld, après un réveillon arrosé. On était affalés dans le canapé, comme un lendemain de veille. Et là, je lui demande innocemment: « tiens, toi qui a des protos plein les tiroirs, tu m’en montres un ou deux ? ». Sans aucune arrière-pensée, vraiment , juste parce qu’on avait du temps et pas de projet pour la journée. Il me sort 10 gros dés avec des bouts de phrases dessus. Il l’avait appelé « débats 10 dés » parce que ça le faisait marrer. On davit les lancer et essayer d’en tirer des sujets de discussion plus ou moins cohérents et de convaincre les autres. Il me dit ça et rajoute « mais ça ne marche pas, on a essayé, c’est n’importe quoi… ». Il les range et va chercher autre chose. Je ne lui laisse pas le temps d’ouvrir le second et lui dit: « attends…ramène un peu les dés…si tu remplace les phrases par des mots, tu as quelque chose de très à la mode pour le moment : des associations d’idées ».

Une heure de discussion avec étoiles dans les yeux plus tard, on avait un premier proto de 9 dés + 1 dé action à faire essayer à la famille. A peu près 80% du jeu actuel y était déjà. Le reste s’est affiné au fil des tests. On l’a montré au off du festival international des jeux de Cannes 6 semaines plus tard et il a buzzé, au point de devoir laisser le proto à un éditeur et de devoir en envoyer 5 autres. Finalement, il a fallu 6 mois pour le signer chez Act In Games, qui contrairement aux autre n’a pas eu peur du coté fabrication (24 dés à faces uniques, c’est plutôt cher à produire). Ensuite il faut attendre…que le jeu se cale dans un calendrier et se crée. On est évidemment très impatients.

4) Y avait-il des critères pour choisir les mots des dés ? Si oui, lesquels ?
Oui, aucun mot n’est choisi par hasard. On les a tous beaucoup testé. la plupart des dés ont un thème : les couleurs, la nature, le travail, les hobbies, les matières, etc…
On a choisi des mots qui inspirent plusieurs choses, qui sont facilement associables ou qui ont plusieurs significations. Ce qui permet de partir sur un maximum d’idées différentes. Après plusieurs centaines de parties, la majorité des idées jouées sont vues pour la première fois et le plaisir est intact. Ce qui est plutôt rassurant au niveau de la rejouabilité.

5) As-tu une petite anecdote, une histoire ou un chiffre à donner par rapport à la réalisation de ton jeu ?
J’en ai plein. Mais ce sont plus des instantanés, des fous rires par rapport à une idée, la façon dont elle est partie en c… ou une réaction de joueurs. Je pense à deux moments précis : le premier, c’est une joueuse se sentant incapable de garder une « poker face » lorsqu’elle trouve une idée, s’est littéralement…couchée sous la table basse du salon, les fesses en l’air. Et puis la seconde, qui a créé le buzz au off du festival international des jeux de Cannes dont je parlais avant. Une table de 6 joueurs avec des têtes connues et plein de gens qui suivent la partie autour. Une idée complètement pourrie de Dimitri (l’auteur de Big Monster). On ne trouve pas au premier tour, il donne un indice qui ne nous aide pas et le temps passe…dans cette version du jeu, à la 3ème « fausse bonne idée » tu perdais la partie et c’était la troisième justement. Il reste 5 secondes et Romain, mon partenaire dit « bon bein…c’est mort ». et là Dimitri retourne sa feuille et s’exclame « oui !!! c’est ça !!! ». Sur le papier était écrit le mot « mort ». Le fou rire général, à la table et autour, a duré plusieurs minutes. Toute la salle s’est demandé ce qui se passait. Le jeu était lancé…

6) Sans trop en dévoiler, as-tu déjà d’autres projets en vue pour le futur ?
Oui oui. A10D est un déclic. Tardif, car on m’a souvent posé la question sur mon envie de créer un jeu mais j’ai toujours pensé que ce n’était pas pour moi, que je n’avais pas les idées suffisantes et que je ne ressentais pas le besoin de faire un jeu pour faire un jeu. Et puis il y eu le 01.01.2018…et tout a changé.
Aujourd’hui, j’ai un second jeu qui sortira vraisemblablement chez Act In Games l’année prochaine (dans le même genre qu’A10D mais différent…épuré et super efficace, toujours avec Yves). On vient de terminer un proto avec Mathieu Aubert (l’auteur de Shadows Amsterdam), un jeu pour enfants que l’on commence à montrer aux éditeurs et j’ai plusieurs projets en développement… Toujours en binôme, je n’envisage pas de travailler autrement pour le moment, j’aime trop cette richesse dans les échanges et pouvoir rebondir sur quelque chose plutôt que de me prendre la tête tout seul dans mon coin (même si l’un n’empêche pas l’autre 😉 )

7) Quel est ton ressenti par rapport au monde ludique actuel ?
Je pense qu’aujourd’hui, on est là où on espérait être il y a 10 ans. Le jeu a fait des petits, la niche devient de plus en plus grande, on voit apparaître des jeux un peu partout, les articles commencent à se multiplier, les bars à jeux arrivent enfin à Bruxelles après un raz-de-marée au Québec et en France. Les jeunes jouent, ce n’est plus une honte, ce n’est plus risible, c’est même recherché. On a tous bossé pour cela…alors (je vais donner des chiffres en l’air), si il y a 10 ans 1% des gens connaissaient autre chose que le Monopoly et le Trivial, aujourd’hui c’est peut-être 10%. on a fait fois 10 ! Et en tant que boutique en dur, plutôt que de se lamenter sur la bulle qui va exploser car trop de jeu, trop d’éditeurs, trop de concurrence d’Amazon ou Philibert, je pense qu’il faut continuer à pousser la promotion du jeu et les conseils de passionnés pour agrandir le gâteau plutôt que de se battre pour les miettes. il y a encore 90% des gens à aller chercher ! Go !

8) Il y a une invasion de zombies mangeurs de cervelle, tu dois fuir dans un bunker et tu ne peux emporter qu’un seul jeu avec toi, lequel serait-ce ?
Je prend ma boite d’Agricola au cas où je pourrais trouver des gens pour y jouer et je la bourre avec quelques feuilles pastifiées de Très Futé, des dés et des feutres, un deck de carte de Dixit et un paquet de cartes de Time’s Up. J’ai bon ?

La légende raconte qu’il aurait reçu un meeple mouton sur le front, surement lancé par quelqu’un qui fuyait. On ne sait toujours pas qui…

Un grand merci à Thierry pour sa participation et le temps accordé. Nous lui souhaitons évidemment beaucoup de réussite pour ses prochains jeux, toujours autant d’adeptes à son magasin et qu’il reste comme il est : sincère, gentil et humble. Ça, on aime chez Born To Play The Game !


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À propos de l'auteur:

Passionné de jeux de société ! “Je ne crois pas en l’au-delà mais j’emmènerai quand même des sous-vêtements de rechange.” "Ce n'est pas que j'aie vraiment peur de mourir, mais je préfère ne pas être là quand ça arrivera."

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