Robinson Crusoé, le jeu compliqué pour tous

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Je suis un jeu réputé compliqué et difficile. Je demande 20 minutes pour m’installer. Je dure entre deux et trois heures. Mon mode d’emploi fait 40 pages. Et malgré tout, je peux être joué par des novices, dès les premiers tours. Qui suis-je ?

Je suis : Robinson Crusoé, aventures sur l’île maudite.

Ne m’appelez plus Paul Punto, mais Paul Robinson

Un de mes surnoms est « Paul Punto » : parce que je l’ai souvent dans une poche, et que j’aime les jeux simples. Mes amis gameurs furent donc étonnés que « Paul Punto » se mette à jouer à « Robinson Crusoé » : un jeu exigent, bien loin des Skyjo, The Game ou Carcassonne qui quittent souvent mes étagères.

ExtraPaul tient les jeux Punto et Robinson Crusoé
Punto est à Robinson Crusoé ce qu’est le chiwawawa au dog allemand !

Oui mais voilà : si « Robinson Crusoé » possède une mécanique complexe, elle est aussi logique. Elle dessert une immersion dans une situation de survie avec des composants bien connus, sans un gramme d’intervention software : des cartes, des tuiles, des dés, des cubes de ressource : je met un petit cube blanc sur cet objet car j’ai maintenant les ressources pour le construire, je place cette carte-là dans le paquet des événements car la carcasse que j’ai mangée me réserve une mauvaise surprise, j’augmente mon curseur d’arme car j’ai trouvé une rapière, etc.

Les règles une fois assimilées, je joue avec un aide mémoire qui tient sur un A4 (merci « quirk_fr »). Et je ne plonge dans l’indigeste manuel (de la version 1) que pour me rappeler la signification de certains symboles.

Ce ne sont pas des vacances

Vous trouverez sur le web des articles testant Robinson Crusoé (voici celui de Vindjeu). Ici n’est pas le but : je vous explique juste le principe…

Les joueurs (1 à 4) incarnent chacun un personnage échoué sur une île. Ils collaborent pour l’explorer à la recherche de nourriture, de bois, de trésors. Ils devront manger, dormir dans un abris, construire des outils pour améliorer leur sort. Mais pour gagner la partie il ne suffira pas de survivre : il faudra remplir une des six missions de la boîte de base. Comme construire un bûcher pour se signaler aux bateaux naviguant au large, ou combattre des cannibales.

Et quoi, pas un seul bon événement là-dedans ? Genre une noix de coco trouvé par terre ?

Vous l’avez compris : ce ne seront pas de vacances. Des animaux voleront la nourriture, de la pluie mouillera le précieux bois, des insectes nous piqueront, des constructions nous blesseront, nous aurons des journées sans manger, et nous déprimerons, augmentant notre maladresse : quelques 300 cartes nous réservent leurs fléaux.

Le jeu se déroule en six phases (événement, moral, production, actions, météo, nuit), sur un plateau bien fourni : je n’ai pas encore réussi à préparer le set en moins de 15 minutes. J’ouvre une parenthèse : à ceux qui reprochent une mise en place laborieuse, je répond que la préparation fait partie du plaisir d’un jeu. De plus, 15 minutes pour une partie de 2 heures 30, cela ne représente que 10% du temps. Je ferme la parenthèse.

Vue aérienne de l’île

Vu toutes les possibilités du jeu, les règles sont fournies. Pour cette raison vous lirez sur d’autres blogs (donc celui référencé plus haut) que ce jeu s’adresse aux joueurs aguerris.

Ce que je réfute ! Entrons enfin dans le cœur du sujet.

Et pendant qu’ils s’organisent, je bois ma bière

Fort de quelques parties à trois ou quatre joueurs, je peux l’écrire : un seul joueur connaissant les règles suffit à animer une partie de Robinson. Les autres joueurs, occasionnels comme avertis, n’ont pas à se soucier du « comment ça marche ? ».

Car la victoire des joueurs ne repose pas, ou très peu, sur la connaissance des règles du jeu. En réalité, on est proche du jeu de rôle : les joueurs doivent comprendre les compétences de leur personnage, connaître les actions possibles et le déroulement d’une journée sur l’île. Il me faut un bon quart d’heure pour le leur expliquer.

Une partie animée

Du reste, ils n’ont pas besoin de savoir qu’il faut avancer le marqueur de journée, prendre une carte événement et l’interpréter en décortiquant ses symboles, placer un cube jaune là et un marqueur ici, bouger le curseur de moral, appliquer l’action de cette carte, lancer ces trois dés verts maintenant, lancer ce dé météo plus tard, etc. Je l’assume, en expliquant ce qu’il se passe. Néanmoins, il l’apprendront durant la partie.

L’immersion est totale, et dès le premier tour les voilà dans la phase action, l’un à chercher du poisson, l’autre construire une pelle, un dernier à explorer l’île.

On reproche souvent que dans un jeu collaboratif, le plus expérimenté (moi !) guide les autres. Certes un petit coup de pousse dans le premier tour est nécessaire. Mais les joueurs prennent vite leur indépendance. Au deuxième tour, je pars en cuisine ouvrir les bières, les laissant prendre leurs décisions tout seul !

Comme pour un jeu de rôle, il faut faire travailler son imagination pour y voir ici : une exploration, une récolte de bois, une chasse avec le chien, et la fabrication d’une marmite !

Not alone

Alors qu’au départ je l’avais acheté pour jouer seul, je m’en suis retrouvé l’ambassadeur : je révèle « Robinson » à des joueurs habitués aux jeux familiaux comme à des expérimentés – ceux-ci le connaissant de réputation, sans jamais avoir eu l’occasion de s’y plonger.

Et c’est tant mieux que je ne me suis pas retrouvé seul sur mon île. Car en jouant solo, je n’ai encore jamais gagné !


On aime

  • son immersion;
  • la qualité du matériel;
  • les belles illustrations dans un style croquis d’explorateur;
  • le mode solo qui propose des règles adaptées;
  • des règles qui font que… ben lisez mon article !

On aime moins

  • des règles peu structurées dans sa version 1;
  • une faute de rédaction sur une des cartes (je ne sais plus laquelle), qui nous donne l’impression que, finalement, on n’a rien compris aux règles;
  • une boîte fourre-tout qui nous oblige à tout mettre dans des sachets plastic. Attention : plus aucun artisan ne fabrique d’inserts pour la boîte version 1;
  • le chien qui n’a pas de nom;
  • l’alligator qui non seulement abîme notre arme, mais en plus ne donne aucune peau.

Caractéristiques

  • Note : 8,5/10
  • Nombre de joueurs : 1 à 4, sans compter Vendredi et le chien
  • Durée : 2 à 3 heures
  • Prix : 60 €
  • Poids : 2kg
  • Âge : à partir de 8 ans (mais pour chasser l’ours je préconise plus);
  • Editeur : Edge
  • Auteur : Ignacy Trzewiczek
  • Illustrateurs : Michal J. Zielinski, Piotr Slaby, Mateusz Bielski, Mateusz Lenart et Tomasz Bentkowski
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